La chronique familiale épicée d'un psy anglo-pakistanais dans une société britannique déboussolée... L'auteur de My Beautiful Laundrette revient au mieux de sa forme.
Une mère «brit», un père «paki», une oeuvre où les cultures se télescopent allègrement, Hanif Kureishi est l'un des plus turbulents mousquetaires de cette world fiction qui a donné du sang neuf aux lettres britanniques. Né dans le Kent en 1954, il a commencé par écrire des pièces de théâtre avant de plonger son scalpel dans les turbulences thatchériennes pour signer des romans qui se réduisent souvent à un tout petit espace, celui du bon vieux triangle oedipien.
La question de la famille est de nouveau au coeur de Quelque chose à te dire, une comédie aigre-douce où Kureishi dépeint aussi les milieux de l'immigration dans lesquels il a grandi. Jamal, son narrateur, est un psychanalyste anglo-pakistanais dont le cabinet londonien sert de refuge à une noria de cinglés qui ont tous de sacrés problèmes avec papa-maman. «Mon fonds de commerce, c'est les secrets. On me paie pour les garder», lance ce ravaudeur d'âmes, qui passera à son tour sur le divan pour raconter comment il a survécu à un amour de jeunesse brutalement saccagé, comment il s'accommode d'un divorce récent et - pire encore! - comment il supporte une soeur foutraque flanquée de cinq enfants, de trois maris et d'une panoplie de piercings qui transforment son visage en tringle à rideaux...
Parfois drôlissimes, parfois pétries de monstrueuses ténèbres - lorsque l'inceste se profile - les confessions de Jamal sont un modèle de subtilité. Il y ajoute un tableau explosif de cette grande famille déboussolée qu'est la société anglaise, à l'heure des brassages ethniques. Le meilleur roman de Kureishi, après Le Bouddha de banlieue.