Le philosophe catholique Jean-Luc Marion relit ce père de l'Eglise incontournable mais controversé. Résultat: une redécouverte qui balaie les clichés.
Avec saint Augustin (354-430), Jean-Luc Marion - qui vient d'être élu sous la Coupole, le 6 novembre, au fauteuil de Mgr Lustiger dont il fut le conseiller en théologie - entretient une relation longue et assidue. Le philosophe catholique explore depuis des années les arcanes d'un énorme corpus, dont les ouvrages les plus célèbres sont les Confessions et La Cité de Dieu, et pour lequel l'intérêt ne s'est jamais démenti, comme en témoigne la nouvelle traduction des Confessions (Les Aveux, POL) parue en janvier dernier.
Dans le paysage augustinien, Jean-Luc Marion s'inscrit comme le meilleur spécialiste d'un penseur qu'il qualifie d' «inévitable en effet, puisque depuis son apparition personne ne l'a ignoré, personne ne l'a méconnu». Qui l'a vraiment compris? Son livre s'attache en tout cas à saisir toute l'originalité d'une oeuvre singulière et souvent inclassable: en marge de la philosophie, à côté de la théologie et en dehors de la métaphysique traditionnelle. Voilà un homme qui ne parle pas de Dieu, mais «parle à Dieu».
Marion alerte aussi sur les trop fréquents contresens engendrés par une lecture superficielle. Les Confessions n'ont rien d'une autobiographie, et saint Augustin n'est aucunement le précurseur de Jean-Jacques Rousseau. Il en saisit en outre la belle originalité, lorsqu'il montre que pour Augustin «le désir veut et vise la béatitude», dans une opposition frontale avec Aristote, qui donne la primauté au désir de connaître.
La vie est une préoccupation inlassable de la pensée augustinienne, au même titre que le rapport à Dieu. «Le vrai philosophe est celui qui aime Dieu», écrit saint Augustin. Dieu, dont la substance même est l'éternité, alors que «nous, nous sommes des temps».