Les derniers ballets diplomatiques du monde bipolaire orchestrés par Marc Bressant. Un grand prix de l'Académie française jubilatoire.
Ne jamais se fier aux apparences. Avec son titre passe-partout (La Dernière Conférence), ses lauriers un rien «tradi», décernés par l'Académie française, et le CV de son auteur, homme tout à la fois de télévision et du Quai d'Orsay, le roman de Patrick Imhaus, alias Marc Bressant, n'avait pas vraiment le profil du livre qu'il faut avoir lu pour briller dans les dîners branchés. Belle erreur! La Dernière Conférence, sise à Londres du 30 septembre au 23 décembre 1989, se révèle un bijou d'intelligence, l'illustration parfaite du cocktail gagnant: un contexte passionnant - les dernières heures de la guerre froide - un procédé narratif pertinent - le journal de bord d'un diplomate désabusé - et un style décapant.
C'est avec un humour très british et une rigueur toute germanique que Jean-Pierre Tromelin, chef de la délégation française à une conférence européenne sur l'information, note jour après jour, histoire de tromper l'ennui, les microscopiques péripéties de l'un de ces interminables dialogues de sourds Est-Ouest qui ont fait florès à la belle époque bipolaire - à peine ébréchée ici par la perestroïka gorbatchévienne. Le casting inclut un Roumain intraitable, une crapule soviétique, un apparatchik tchèque, des frères ennemis allemands, une âme damnée de Dame Thatcher, un ingénieux observateur du Saint-Siège, mais aussi les galipettes de l'Irlandais, les amours du Français avec l'impétueuse Yougoslave... Jusqu'à ce 9 novembre où, à Berlin, un mur tombe. L'onde de choc va bouleverser les palabres de Londres, fissurer les blocs, ébranler les relations diplomatiques.
En quelques traits, la plume alerte et érudite du romancier en dit plus qu'un long traité de sciences politiques. Ou comment, en mâtinant Paul Claudel et John le Carré, transformer un huis clos léthargique en thriller jubilatoire.