Quand l'auteur d'Oscar et la dame rose raconte l'odyssée d'un immigré clandestin irakien...
Certes, Eric-Emmanuel Schmitt n'est ni afghan ni guinéen, ni même irakien, comme le jeune héros de son dernier roman, Ulysse From Bagdad. Pourtant, c'est bien de ces pays lointains et de l'exil que l'auteur a traité à travers un récit qui, avouons-le, sauf à vouer aux gémonies tout roman véhiculant son lot de bons sentiments, se révèle des plus réussis.
Cette odyssée relatant les tribulations de clandestins en ce début de xxie siècle démontre encore une fois la documentation et le savoir-faire du normalien et agrégé de philosophie Schmitt. Qui arrive à séduire avec une histoire presque banale de pauvre hère «né quelque part où il ne faut pas», sans jamais tomber dans le manichéisme. Saad Saad, élevé sous la dictature de Saddam Hussein, se voit un jour contraint au grand départ: son père est mort en 2003, sous les balles perdues des GI, sa famille est exsangue, tandis que l'Irak-Ithaque plonge dans le chaos.
Commence alors, pour cet Ulysse oriental, une longue pérégrination vers le paradis rêvé: l'Angleterre, choisie en raison de l'admiration immodérée de Saad pour Agatha Christie. En voiture aux côtés de deux zombies sous opiacés, sur des navires de fortune auprès des damnés de la terre, dans des fourgonnettes conduites par des passeurs sans vergogne... du Caire à Londres en passant par Malte et l'Alsace, l'épopée du migrant reproduit habilement les affres de tous les exilés du monde, transformés en chair humaine pour travaux bestiaux.
Et c'est finalement le droit des individus à disposer d'eux-mêmes, au-delà des aléas de la naissance, que prône ici Schmitt, auteur - cousu d'or - de pièces de théâtre jouées sur la terre entière. Comme un acte de contrition?