Touria Hadraoui ne manque pas de caractère. En 1986, à 29 ans, cette universitaire marocaine quitte l’enseignement pour lancer Kalima ("La Parole"), un magazine de reportages fait par et pour les femmes. Les sujets sont pour le moins audacieux : elle signe un reportage sur les prostituées de Casablanca et enquête sur le faible degré de liberté de la presse marocaine. Article qui provoque la censure du magazine fin 98.
Touria Hadraoui se tourne alors vers sa passion pour le chant contractée dès l’âge de 9 ans par l’écoute répétée d’Oum Kalsoum. Mais la forme qu’elle choisit n’est pas non plus la plus simple. Le Malhoun, ce répertoire semi-classique basé sur les qasidas (poèmes d’arabe dialectal d’origine médiéval), est réservé aux hommes.
Bravant une fois de plus interdits et préjugés, empruntant des musiciens au Conservatoire de musique arabo-andalouse de Fès, elle monte une petite formation de 3 violons, un oud et une derbouka. Elle se lance à cœur perdu dans cette musique délicate où sa voix assurée donne à ces airs immémoriaux une couleur inédite.
Touria Hadraoui a enregistré deux albums "Chemâa" en 1991 et "Arabesques sur rythmes africains" en 2003 où le chant andalou rencontre les rythmes de la mère terre. Elle est également l’auteur d’un roman autobiographique "Une enfance marocaine" paru en 1998 aux éditions Fennec.
Filmé au Théâtre des Abbesses à Paris. |